Le Canard l'a relevé la semaine dernière, les média sont silencieux à propos des mouvements contre la LRU. Très silencieux. Pas mal d'universités sont toujours en grève, malgré l'UNEF. Cette info n'est pas relayée. Non reconnues comme syndicats, pas mal d'autres associations continuent à protester contre cette loi. Cette info n'est pas relayée non plus. Le traitement des mobilisations sociales par les média est bien étudié et documenté, cela ne me surprend plus.
Je ne veux pas revenir sur le contenu de la LRU, ni sur le débat qui tue le débat, à savoir les bloquages [pour info, sortie en janvier d'un livre de l'ARESER* sur la "modernisation" universitaire.]
Je voudrais seulement donner quelques infos, en forme de liste incomplète, sur les conditions dans lesquelles sont réprimées ces mobilisations étudiantes. Il y a en effet une systématisation de l'usage de la violence qui me choque.
Après Lyon 1, Nanterre, Paris 1 et 4, Grenoble... ça continue : utilisation de vigiles privés, répression violente de manifestations, etc. Mais la suite n'est pas forcément passée à la télé :
- à Lyon 2 [témoignage confirmé par différentes sources privées**], des vigiles controlent les étudiantEs et les enseignantEs assez violemment, les insultent. La manifestation pacifique qui s'est tenue pour protester contre ces pratiques a été dispersée par les CRS et les gendarmes mobiles, certains leaders étudiants ont été coursés après avoir été désignés par des inspecteurs en civil, ils ont été arrêtés, mis en garde à vue et devaient passer en jugement début janvier. Flashballs et matraques, 12 points de sutures pour l'étudiant le plus touché. [plus d'infos]
- A Nantes ? Allez lire l'article du Canard : là aussi, flashballs, un étudiant est atteint à un oeil, qu'il risque de perdre.
- A Paris 4, une pétition circule contre le président, qui a empêché la projection d'un film et la tenue d'un débat, au motif que les positions tenues n'étaient pas les siennes...
- A Amiens, les locaux occupés par les grévistes ont étés évacués sans violences par des vigiles d'une société privée [16 décembre, source privée]
- Les personnels de l'Université de Picardie se sont réunis en AG pour : 1)dénoncer les méthodes utilisées par le président pour tenter de mettre fin au mouvement étudiant 2)condamner le recours à la force et refuser de reprendre leurs activités universitaires dans ces conditions 3)exiger le retrait immédiat des agents de sécurité privés [17 décembre]
- A Montpellier 2, cinq étudiants ont entamé une grève de la faim le 10 décembre, des profs démissonnent de leurs mandats.
*Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche.
** Certains enseignants ont envoyé leurs témoignages sur une liste de discussion privée sans donner l'autorisation de les reproduire. Je ne les cite donc pas.
"Ce qui est très important c'est, d'une part, de cesser d'imposer à tous ce qui n'est vivable que pour certains et, d'autre part, d'éviter d'interdire à tous ce qui n'est invivable que pour certains."
Judith Butler, Défaire le genre, Editions Amsterdam, Paris, 2006.
Fatiguée, je lis pour la 4° fois l'histoire de Caca boudin [le petit lapin qui ne savait dire qu'une chose...] à la bouec qui, du haut de ses deux ans, demande une fois de plus "elle est où maman papin ?"
Ben, ma chérie, elle est à la maison.
"Pourquoi ?"
Pour torcher les gosses.
"Pourquoi ?"
Parce que la plupart des auteurEs de livres pour enfant sont des gros sexistes réactionnaires. Du coup, les papas et les garçons font plein de choses, les filles et les mamans, non.
Plus tard, tu auras droit à Mullan plutôt qu'à Cendrillon ou à cette conne de Belle au Bois dormant. En attendant, on fait ce qu'on peut, il reste la chenille qui fait des trous et Capucine qui conduit la voiture et rackette ses potes, chocolat et pain pour le goûter en échange du transport.
Dans l'ensemble, la situation ne s'est qu'un peu amélioré depuis Du côté des petites filles [1973].
Du coup, porc d'or collectif. Pour les auteurEs, les éditeurs et éditrices de livres pour enfants.
On* parle grèves et prises d'otages, "problème des retraites" et "privilèges". Amalgames de choses différentes ; une fois de plus, on ne parle pas du fond, on ne se pose pas les questions de départ ; la politique n'est plus que de la gestion. Quel système de retraites voulons-nous ? Quelle société voulons-nous ? La question est politique avant d'être un problème économique ou comptable. La solidarité peut être assurée par la redistribution ; les retraites entièrement privatisées. Il y aurait un choix à faire, nous en avons été privés par l'orientation du débat, dès le départ. A la place, au lieu d'une réflexion sur les corps de métiers, la ré-évaluation de la pénibilité du travail, l'égalité et les compensations, on trouve la dénonciation de privilégiès, qui touchent entre 1 et 1,5 SMIC. Indécent lorsqu'on pense à d'autres privilèges...
On parle vélib', c'est bien, c'est pas bien, on est pour ou contre**. On ne parle plus urbanisme, politique des transports, traffic Paris-banlieues...
Bon, j'arrête, je pourrais vous dire qu'on nous parle de la Corse comme de faits divers permanents et non comme d'un problème politique ou d'une certaine conception de la Nation ; qu'on nous parle du divorce du chef de l'Etat et pas de sa politique. Bon, j'arrête.
*"on", flou, vague, imprécis et se prêtant à toutes les dénonciations et toutes les ignorances, désigne ici la majeure partie de celles et ceux qui ont accès à la parole publique [et avec lesquels je ne suis pas d'accord]. J'avoue y confondre pèle-mêle les journalistes [catégorie elle-même confondant la presse écrite, la télé, la radio, les chroniqueurs, les pigistes, les stars, les larbins], les politiques [idem] et des syndicalistes [jaunes ou crétins], des actrices de cinéma et des publicitaires, des maires de Paris, des économistes, des intellectuels de révérences, le chien de mon père. dedicaced to Henri A.
"Le gouvernement provisoire, Vu l'article 22 du code pénal, Considérant que la peine de l'exposition publique dégrade la dignité humaine, flétrit à jamais le condamné et lui ôte, par le sentiment d'indignité de son infamie, la possibilité de la réhabilitation ; Considérant que cette peine est empreinte d'une odieuse inégalité, en ce qu'elle touche à peine le criminel endurci, tandis qu'elle frappe d'une atteinte irréparable le condamné repentant ; Considérant enfin que le spectacle des expositions publiques éteint le sentiment de pitié et familiarise avec la vue du crime, Décrète : la peine de l'exposition publique est abolie."
Loi du 12 avril 1848 - France. Prenons-en de la graine...
Les bagnes français sont supprimés en 1938, en ce qui concerne le territoire métropolitain. Pour les colonies, c'est une autre histoire. La peine de mort est abolie en 1981, la constitutionnalisation de cette abolition est votée en 2007. C'est le 19° siècle qui aura été le plus riche en réformes, abolitions, transformations des peines prévues par le code pénal. Au 20°, les différents mouvements, de réflexion, militants, sur l'abolition des prisons n'ont pas abouti. Pire, tous les débats du Groupe d'intervention sur les prisons [GIP], toutes les réflexions provoquées par la prise d'otages de Clairvaux n'ont mené qu'à des réformes mineures. Les prisons françaises sont toujours une honte pour la République.
Je ne suis jamais rentrée à la prison de la Santé. Mais je suis souvent passée le long de ses murs, sur le trottoir d'en face, on n'a souvent pas le droit de passer sous les fenêtres des prisons. Je n'ai trouvé aucune photo qui rende compte de l'impression que l'on ressent à passer là, dehors, devant ceux qui sont là, derrière. Sauf celle-ci, qui montre l'intérieur, moche, vieux, sale.
Je ne dis pas que j'ai vraiment tout lu tous les blogs cette semaine, hein. Mais j'ai fait un bon petit tour d'horizon de la blogotruc politique quand même. Et franchement, entre Guy Môquet et Cécilia, je sature [c'est dommage, parce que Guy Môquet, y'avait des trucs intéressants à dire sur les usages politique du passé, mais bon, pfuit].
Heureusement, Isabelle a bossé : son papier sur les Grenelle de l'environnement est exellent. Elle y montre que les mesures phares annoncées sont en fait la transposition de directives européennes déjà signées. Textes à l'appui. Bravo.
Ici, elle répond à Sylvain Lapoix de Marianne.fr, à propos du Grenelle.